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25072018
Andréa prépare son déménagement. 
Avant de remplir ses cartons, il lui faut désencombrer les placards, faire du tri, ne garder que l'essentiel... 
 
A l'attaque du petit buffet rempli de toutes ses partitions de flûte traversière qu'elle n'a pas fait chanter depuis plusieurs années, elle fait des piles de ce qu’elle va emporter ou non et trouve une petite feuille volante au titre de Greensleeves...
 
Comme un appel, elle ne résiste pas, elle ouvre l’étui et monte sa flûte.
 
Le souffle dans la bonne direction, les premières notes de cet air traditionnel remplissent la maison et sa tête d'un de ses plus anciens souvenirs.
 
 "La mémoire fonde la chaîne de la tradition, qui transmet de génération en génération les événements passés. [… ] Elle embrasse tous les sous-genres de l'épopée. Parmi ceux-ci figure au premier rang l'art incarné par le conteur. C'est la mémoire qui tisse le filet que forment en définitive toutes les histoires." 
 
Andréa se souvient...
Cet air, la première fois qu'elle l'entend, elle n'a que sept ou huit ans. 
Elle est assise avec ses parents, ses cousins, ses oncles, ses tantes et sa grand-mère dans le public d'une toute petite scène d'un spectacle de marionnettes.
Il y a du rose, des plumes, des paillettes et ce rideau noir qui cachent les marionnettistes qui manipulent leurs personnages au son de cet air doux et fascinant.
 
Elle demande comment s'appelle cette musique.
Son cousin Gérard, guitariste, lui répond : Greensleeves...
 
Ce titre et cette scène resteront gravées dans son esprit pour toujours.
Ce spectacle se passait pendant le festival de folklore de Confolens. 
Tous les ans, toute la famille se retrouvait pendant cette semaine de folie dans la maison de Mamie Denise.
 
"C'est la mémoire qui tisse le filet que forment en définitive toutes les histoires"
Est-ce pour cela aussi qu’Andréa est passionnée de tissage ? Fascinée" par les métiers à tisser… son jouet préféré quand elle était petite.
 
Elle se souvient aussi de ce manteau, un grand manteau, en laine naturelle, tissé au métier, exposé comme une œuvre d’art dans une boutique pendant ce festival à Confolens.
Ses parents, ses oncles et tantes restaient à le regarder, à chaque passage devant la boutique. Il coûtait très très cher, mais il était tellement beau que l'on ne résistait pas à s’arrêter devant.
 
Une envie secrète de petite fille : Andréa se disait qu’un jour, elle aurait un métier à tisser et elle fabriquerait des beaux manteaux comme celui-ci. Elle pourrait les offrir à sa famille…
 
Tout se tisse, tout se mêle, tout s'assemble, il faut juste trouver les bonnes combinaisons… Combinaisons de couleurs, de textures, d'unité, d'esthétique, pour donner un sens…

Extrait : Walter BENJAMIN, Le conteur, réflexion sur l'œuvre de Nicolas LESKOV, dans Œuvres III, Paris : Gallimard, 2000, page 135
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